Comment est née la Zad de Notre-Dame-des-Landes ?

La commune de Notre-Dame-des-Landes n'avait rien de particulier pour devenir ainsi célèbre, mais désormais, son nom est associé à celui de la Zad, la première Zone à défendre apparue en France. Comment est-elle née ? Pourquoi ? Quels événements ont marqué ces dernières années ? Voici quelques repères historiques.

1966 : première étude pour un nouvel aéroport par la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Nantes.

1970 : projet de création d'un aérodrome dans le cadre de la métropole Nantes / Saint-Nazaire. Notre-Dame-des-Landes est citée.

1972 : projet annoncé aux élus locaux par le préfet. Le manque de concertation est déjà dénoncée notamment dans le livre « Dégage… on aménage ! » de Jean de Legge et R. Leguen paru en 1976.

dégage on aménageLa même année, création de l'Adeca (Association de défense des exploitants concernés par l'aéroport) composée de paysans et d'ouvriers réticents au projet. L'Adeca organise des réunions, publie des articles, va à la rencontre des élus locaux.

Les conseils municipaux des villages concernés par le projet votent la création de la Zad, Zone d'aménagement différé. Cette appellation administrative sera détournée par les opposants pour devenir Zone à défendre.

11 janvier 1974 : l'arrêté préfectoral définissant la Zad est publié. Elle s'étend alors sur 1.200 hectares et comprend une dizaine d'exploitations agricoles.

1979 : deuxième choc pétrolier. Les grands projets comme celui de l'aéroport sont suspendus. Mais à chaque fois qu'un propriétaire quitte la Zad ou décède, le Conseil général de Loire-Atlantique préempte le terrain.

26 octobre 2000 : communiqué du ministère des Transports et du Logement qui relance le projet.

En réaction, création de l'Acipa, Association citoyenne intercommunale des populations concernées par le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Elle exige un débat public.

Janvier 2002 : création, par arrêté préfectoral, du syndicat mixte d'études de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes réunissant les collectivités locales.

Décembre 2002 - mai 2003 : organisation d'un débat public avec une quinzaine de réunions dans les villes et villages aux alentours de la zone. Participation active, débats souvent vifs.

Septembre 2003 : lancement des études de réalisation de l'aéroport.

2005 : l'Acipa radicalise son discours, naissance du slogan « Ni ici, ni ailleurs ! ».

Les « autorités » tentent de faire réaliser des sondages géotechniques sur la zone. Les paysans s'y opposent.

Juin 2006 : réunion de plusieurs milliers de personnes aux Fosses Noires pour une fresque humaine ; photo aérienne devenue célèbre, les corps formant le slogan « Aéroport non ! ».

Fresque humaine contre l aeroport juin 2006 moulinsFin 2006 : résultats de l'enquête publique avec 67 % de voix exprimées défavorablement au projet.

Avril 2007 : les commissaires enquêteurs ne suivent pas l'avis du public et des associations ; ils rendent un avis favorable.

Printemps 2007 : José Bové, en campagne pour l'élection présidentielle, se rend sur la zone ; réunion dans la grange du couple Thebault, paysans de l'Adeca, au Liminbout.

Août 2007 : installation de jeunes appelés par les associations, au Rosier, ferme abandonnée. Premier squat, première réoccupation.

Décembre 2007 : aménagement de la Vache-Rit, une grange appartenant à des paysans toujours sur place, qui acceptent de la voir transformer en centre de lutte de l'Adeca.

9 février 2008 : parution du décret d'utilité publique de la Zad, pour dix ans. Elle s'étend désormais sur 1.650 hectares.

1er mai 2008 : lancement d'un appel d'habitants à « établir des campement d'occupation ».
Lutte de plus en plus active avec des manifestations, des pique-nique, des entartages d'élus, des blocages de forages exploratoires, des sabotages de matériel notamment sur les chantiers de Vinci…

Parallèlement aux recours administratifs et judiciaires, les opposants n'auront de cesse d'organiser des mobilisations populaires pour faire connaître leur lutte.

Juin 2009 : création du CéDpa, Collectif des élus doutant de la pertinence de l'aéroport.

Du 1er au 9 août 2009 : semaine de la résistance sur la zone, organisée par les associations « historiques ».
Dans un champ annexe, Camp Action Climat installé par des « nouveaux venus », de plus jeunes militants qui reproduisent les Camps Action Climat déjà tenus en Europe : organisation en plusieurs villages, expérimentation de la démocratie directe au consensus, absence de leaders, répartition et rotation des responsabilités… Discussions et animations organisées autour de la résistance aux crimes climatiques, au développement d'aternatives concrètes pour un mode de vie soutenable ici et maintenant, l'éducation...

A partir du 1er août 2009 : installation de ceux et celles qu'on nommera les « zadistes » ; ils sont une soixantaine au départ. Squat de la Gaité et des Planchettes, édification de cabanes.vraies rouges02
Parallèlement, la plupart des agriculteurs de la zone cèdent progressivement sous la pression des institutions, et vendent leurs terres et maisons.

8 août 2009 : occupation clownesque de l'aéroport de Nantes par le Camp Action Climat pendant deux heures.

31 décembre 2010 : signature du décret de concession de l'aéroport avec Vinci. L’Etat lui confie la construction et la gestion du futur aéroport de Notre-Dame-des-Landes, mais aussi les clés des aéroports de Nantes et de Saint-Nazaire.
Une première : habituellement, les concessions sont accordées aux Chambres de commerce et d'industrie (CCI).

Février 2011 : recours juridique contre le décret de concession déposé par plusieurs associations sous l’égide de l’Acipa, la communauté de communes d’Erdre et Gesvres, et Europe Écologie - Les Verts.

7 mai 2011 : un millier de personnes participent au défrichage des champs de la ferme du Sabot, occupée, avec l'aide des paysans de la zone.

Poursuite des actions, notamment pour empêcher les forages. Pour la première fois, les policiers arrivent sur zone avec gaz lacrymogène.

A partir du 9 juillet 2011 : organisation d'un campement auto-géré en réaction à la tenue en France du G8 et du G20, avec appel à convergence des luttes anti-capitalistes. Trois semaines de débats, de constructions de cabanes, d'échanges autour des pratiques alternatives.

A la suite de cet événement, installation d'une trentaine de nouveaux « zadistes ».

Création du Copain 44, Collectif des organisations professionnelles agricoles indignées par le projet d'aéroport.

Novembre 2011 : tracto-vélo, randonnée de tracteurs et de vélo, de Notre-Dame-des-Landes à Paris, qui scelle l'alliance entre les paysans et les zadistes écologistes. campnddl a9e18

Février 2012 : naissance de Radio Klaxon, à la Sécherie, qui pirate la fréquence autoroutière de Vinci ; diffusion également sur le site Internet de la Zad créé quelques mois auparavant : zad.nadir.org.

9 février 2012 : ordonnance d'expropriation de tous les habitants de la Zad qui ont jusqu'au mois de décembre pour la quitter.

24 mars 2012 : grande manifestation de soutien à la Zad à Nantes.

11 avril 2012 : début de la grève de la faim d'un groupe d'habitants de la Zad, à Nantes.
Négociations avec le candidat à l'élection présidentielle, François Hollande, qui promet qu'aucune explusion n'interviendra avant la fin de tous les recours juridiques.

16 octobre 2012 : début de l'opération « César 44 ».
Contrairement à sa promesse, François Hollande élu président de la République et son gouvernement dirigé par Jean-Marc Ayrault (ancien député-maire de Nantes) lance une opération d'expulsion sur la Zad. Entre 500 et 2.200 gendarmes sont mobilisés, deux hélicoptères, deux blindés, des équipes cynophiles et de déminage, des grimpeurs, les renseignements généraux…

Cinq jours auparavant, une fuite avait informé les zadistes. Jeunes et moins jeunes, paysans, membres des associations tentent de freiner les gendarmes, puis forts du soutien extérieur, résistent. Des comités locaux se créent un peu partout en France.

Les affrontements sont violents. Des lieux de vie sont murés, détruits. Les gendarmes resteront sur zone pendant des mois, notamment aux carrefours, pour maintenir la pression sur les habitants.opération césar

16 novembre 2012 : réouverture d'une maison murée par 23 parlementaires EELV dont José Bové.

17 novembre 2012 : manifestation de réoccupation, 40.000 personnes sont présentes. Le sujet de la Zad est désormais relayé médiatiquement au niveau national.

23 novembre 2012 : reprise des opérations policière, affrontements violents. Une centaine de blessés. « Les gendarmes sont confrontés à une foule composite où les lanceurs de pierre se mêlent aux pacifistes sans crainte, à des citoyens « respectables », à des musiciens chantant », écrit Hervé Kempf, alors journaliste pour Le Monde.

Copain 44 bloque le pont de Cheviré à Nantes, le pont de Saint-Nazaire et deux bacs avec des tracteurs. D'autres tracteurs encerclent le Rosier pour le protéger.

24 novembre 2012 : le Premier ministre annonce la création de commissions de discussion, auxquelles acceptent de participer certaines associations comme la CéDpa ; d'autres, comme l'Acipa, refusent tant que les gendarmes ne quittent pas la Zad.

Janvier 2013 : ferme de Bellevue occupée par Copain 44.

Mars 2013 : les commissions rendent leurs rapports et demandent un certain nombre d’études complémentaires préalables à la poursuite des travaux.

13 avril 2013 : la manifestation Sème Ta ZAD marque le début d’une douzaine de projets agricoles sur les terres occupées (maraîchage, céréales et légumineuses, poules, vignes…).

Affiche semetaZAD02 A4c 565eeFévrier 2014 : une grande manifestation « Ni travaux, ni expulsions » à Nantes réunit entre 50 et 60.000 personnes venues de toute la France et au-delà. Des affrontements violents ont lieu avec la police qui procèdera, les jours, suivants, à des interpellations. Certains prévenus écoperont de prison ferme.
Toute la lutte contre le projet d'aéroport est émaillée de procès de militants, généralement pour dégradations et / ou violences, mais aussi « vol de terre », c'est-à-dire d'échantillons des forages !

Fin de l’été 2015 : relance des procédures d'expulsions des locataires et agriculteurs restés sur la Zad. Le 22 septembre, des barricades se déploient de nouveau à toutes les entrées de la zone le temps d’une journée pour empêcher la venue du juge des expropriations accompagné par la police.

De son côté, la Préfecture lance un appel d’offres aux entreprises qui souhaiteraient assurer le démarrage des chantiers de la route d’accès au futur aéroport.

9 janvier 2016 : occupation du pont de Cheviré, à Nantes, par 20.000 personnes, des centaines de cyclistes et 400 tracteurs. À l’initiative de Copain 44, 60 tracteurs restent au pied du pont à l’issue de la manifestation pour obtenir l’abandon des procès. Un camp s’établit au milieu de la quatre-voies avec des barnums, de la paille pour dormir, un four à pizzas et une radio mobile. Il est encerclé, puis attaqué pendant la nuit par la police. Suivent plusieurs jours de blocages en tracteurs et d’opérations escargot sur les routes de la région. Des dizaines de manifestations, actions et sabotages ont de nouveau lieu partout en France.

25 janvier 2016 : une décision de justice rend à nouveau expulsables onze familles et quatre paysans.
Quelques jours plus tard, un millier de personnes répondent à l’« appel d’offres » lancé par le « Comité de pilotage pour un avenir sans aéroport ». De multiples chantiers ont lieu simultanément pour renforcer les structures collectives de la Zad.

27 février 2016 : occupation par 60.000 personnes des quatre-voies proches de la Zad. Construction d’une tour de guet en acier de dix mètres de haut, à l’endroit même où sont censés commencer les premiers travaux.

26 juin 2016 : l’Etat organise une consultation auprès des citoyens de Loire-Atlantique.
Les participants doivent répondre à la question « Etes-vous favorable au projet de transfert de l’aéroport Nantes-Atlantique sur la commune de Notre-Dame-des-Landes ? »
Le Oui l'emporte à 55,17 %, avec un taux de participation de plus de 50 %.

panneaux1 d6b6a8 octobre 2016 : événement « Enracinons la Zad », 60.000 manifestants viennent planter des bâtons à la ferme de Bellevue et se faire une promesse : venir les déterrer en cas de nouvelles expulsions.

1er juin 2017 : Edouard Philippe, le Premier ministre, annonce la nomination de trois experts, conformément aux promesses de campagne d'Emmanuel Macron devenu président de la République en mai.

8 et 9 juillet 2017 : rassemblement organisé par la coordination, qui réunit comme chaque année des milliers de personnes pour des concerts, débats, chantiers...
Parallèlement, les zadistes poursuivent le développement de leurs projets, l'installation de lieux de vie et se forment en vue de nouvelles interventions policières.
Ils seraient désormais environ 250.

13 décembre 2017 : les experts rendent leur rapport. Il ne présente pas de scénario miracle mais conclut sur le fait que l'agrandissement de l'aéroport de Nantes serait deux fois moins honéreux que la construction d'un nouvel équipement à Notre-Dame-des-Landes.

17 janvier 2018 : annonce par le Premier ministre, Edouard Philippe, de l'abandon du projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes et de la modernisation de l'aéroport de Nantes-Atlantique. En même temps, il appelle les « squatteurs » dans la « zone de non-droit » de la Zad à quitter les lieux et leur donne « jusqu’au printemps » pour partir « d’eux-mêmes ».

9 avril - 26 avril 2018 : première vague d'expulsions et de destructions sur la Zad. Elles concernent les lieux dont les occupants n'ont pas déposé de projets individuels à la Préfecture de Loire-Atlantique.

expulsions 2e vagueEnviron 2.500 gendarmes mobiles sont sur zone. Ils sont chargés de détruire les lieux de vie considérés illégaux. Des blessés sont comptabilisés dans les deux camps.

Une quarantaine de projets nominatifs dont 28 projets agricoles ont été déposés à la Préfecture. Un comité de pilotage analysera les demandes.

A partir du 26 avril 2018 : la trêve annoncée par le gouvernement et les médias n'a pas vraiment lieu. Environ 1.600 gendarmes sont restés sur zone, les provocations et affrontements sont quotidiens.

17 mai 2018 : la deuxième vague d'expulsions a commencé…

Sources : « Notre-Dames-des-Landes », Hervé Kempf (éditions du Seuil, 2014) ; site Internet de la Zad (https://zad.nadir.org/spip.php?article86&lang=fr), ReporTerre (https://reporterre.net/).