Défendons d'autres manières d'habiter

Le 6 avril 2018, un collectif d'architectes, d'urbanistes et de citoyen.nes publiaient une tribune, doublée d'une pétition, intitulée "Comme à la Zad de Notre-Dame-des-Landes, défendons d'autres manières d'habiter". A ce jour (vendredi 18 mai), 59.881 personnes l'ont signée.

Dans le Cher, la Coopération intégrale du Berry (CIB) et l'association Patrimoines irréguliers de France (PIF) - dont fait partie la Cathédrale de Jean Linard - ont décidé de se saisir de la question. Quelles sont ces "autres manières d'habiter" ? En quoi préfigurent-elles des manières engagées de vivre, de penser, d'être au monde ? Un projet d'expositions et d'animations est en cours. En voici la note d'intention.

Préambule

Insoutenable. Comment définir autrement la forme d’habitat qui déferle actuellement dans notre société ? Écologiquement non-durable, éthiquement injustifiable, esthétiquement inacceptable, notre habitat est schizophrène. Cette science militaire qu’est l’aménagement du territoire s’y impose, en le forçant à se convertir en un complexe gérable, mesuré, calculé. Les lieux anonymes, les « non-lieux  », prolifèrent : autoroutes, gares, aéroports, centres commerciaux, parkings, chaînes hôtelières... Les mégalomanies architecturales et urbaines des archistars (architectes-stars), constructions spectaculaires et autoréférentielles, sont souvent incapables de répondre aux besoins réels de la population et du territoire dans lequel elles surgissent. Des projets titanesques d’équipement territorial considérés comme «  indispensables au développement économique  » des territoires transforment les milieux naturels en infrastructures. Sous le choc de la globalisation du capitalisme, le paysage contemporain change, talonné par la consommation et la planification systémique, pendant qu’il augmente inexorablement la distance entre l’espace habité et celui qui l’habite, entre l’identité d’un individu ou d’une communauté, et les lieux.

cathedrale jean linard princ.jpgEntre les mailles de ce tissu bâti, épais et dépersonnalisant, il existe cependant des lieux de résistance où l’on expérimente de nouvelles formes de convivialité et de créativité. Ce sont des espaces interstitiels où l’individu n’est plus le sujet passif de relations de pouvoir et de mécanismes de marché, mais un acteur capable d’habiter la terre d’une manière responsable et poétique. Aux quatre coins du monde, des individus audacieux, inventifs et créatifs, ainsi que des collectifs aux organisations encore expérimentales produisent des actions ou construisent des univers relationnels qui constituent des antidotes puissants contre le sentiment d’anonymat et de solitude qu’on a dans tous ces espaces d’exploitation économique avec lesquels on nous oblige à cohabiter. C’est grâce à ces pratiques que le temps de la consommation passive se change en temps ludique-constructif et que l’habitat insoutenable se transforme en un théâtre de liberté créatrice.

Qui sommes-nous ?

PIF (Patrimoines Irréguliers de France) et la CIB (Coopération Intégrale du Berry) ont décidé de s'associer, afin de lancer une réflexion et des actions autour d'un thème qui leur est cher : « Habiter et bâtir autrement ».

Patrimoines Irréguliers de France est une association fondée en avril 2012. Son but  : la protection et la mise en valeur des architectures et des paysages dits «  irréguliers  » car non conformes aux règles établies en matière de construction. Élaborés sans plan strictement défini, à partir de matériaux naturels ou de réemploi, ils sont aussi originaux que fragiles. Réunissant des personnes issues d’horizons divers, l’association PIF vise à mettre en place une stratégie de sauvegarde de ce patrimoine, en attirant l’attention des particuliers, des médias, des pouvoirs publics et des institutions.
La France compte parmi les pays européens qui recèlent le plus de patrimoines irréguliers. Un exemple dans le Cher  ? La Cathédrale de Jean Linard à Neuvy-deux-Clochers !

ggLa Coopération Intégrale du Berry est un collectif né à Humbligny et ses alentours en 2016. L'objectif : organiser collectivement le quotidien, autour de la notion de convivialité et d'entraide, plutôt que d'économie et de profit. Ses membres choisissent de « se solutionner ensemble ». Comment  ? En créant des structures auto-gérées pour les questions d'alimentation, de travail, d'éducation, de construction...

Par exemple, la Provision Commune  : le lundi, chacun.e est invité.e à participer aux activités telles que la culture de légumes, la boulangerie, la brasserie, l'école, la fabrication d'un atelier... et a accès à un « panier » de produits et de services. Une Centrale d'Approvisionnement et d'Autoproduction Solidaire (CABAS) permet des commandes groupées. Une Mutuelle de travail, association d'entreprises, a vu le jour il y a quelques mois. Des Minga, chantiers collectifs pour le bien commun, sont régulièrement organisées. D'autres associations sont aussi rattachées à la CIB, notamment pour le transport partagé (APAT), l'informatique (Siberry) ou encore le centre social autogéré La Brèche.
Récemment, ce collectif a pris en gestion l'ex-restaurant Au Grès des Ouches à Morogues dans le but d'en faire un tiers lieu sous la forme de : cantine populaire, épicerie solidaire, espace de co-working, etc.

Par leur existence même et leurs actions, l'association PIF et le collectif CIB touchent directement à la question : « Que signifie habiter ? » Pas uniquement se loger ou occuper habituellement un lieu, mais bien construire, dans un espace donné, un monde avec lequel on peut s'identifier, un univers qu’on s’approprie et qu’on transforme selon ses propres désirs (*). De nouvelles formes d'habitats, mais aussi de nouvelles formes d'organisation, d'activités, de relations, de vie.

(*) référence à Martin Heidegger, « L’homme habite en poète... », in Id. , Essais et conférences, (1954), Paris : Gallimard, 1980, p. 225-245

Le point de départ du projet
    
Les expériences menées sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes ne pouvaient qu'entrer en résonance avec celles de l'association PIF et du collectif de la CIB.
Le vendredi 6 avril 2018, à la veille de la destruction annoncée des habitats de la ZAD, un collectif d'architectes, d'urbanistes et de citoyens lançaient une pétition intitulée « Comme à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, défendons d'autres manières d'habiter » (**). Leur tribune est un véritable plaidoyer en faveur des « modes de construction autres », qui sont à la fois formes « atypiques », « école de l'habiter et du bâtir », « formes de vies diverses aspirant à une meilleure harmonie avec le territoire qu'elles occupent », réponses « aux enjeux écologiques et énergétiques », « résistance par l'occupation pérenne »... « Ce qui s'y joue, c'est aussi la défense d'un patrimoine vivant issu d'une lutte solidaire qui ouvre nos imaginaires. »
Tout comme à la Cathédrale de Jean Linard avec l'esprit qui l'anime, et à la CIB avec les formes de vies qu'elle crée...

(**) Le texte complet : https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/060418/comme-la-zad-de-notre-dame-des-landes-defendons-dautres-manieres-d-habiter

Ce que nous proposons
    
Pour sensibiliser le public à ces questions, PIF et la CIB souhaitent organiser une exposition et une série d'animations dans le Cher. Pour l'instant, deux lieux sont identifiés pour accueillir l'exposition : la Cathédrale de Jean Linard à Neuvy-deux-Clochers et le tiers lieu Au Grès des Ouches à Morogues. Suite aux premières rencontres des personnes intéressées par le projet, quatre manières d'habiter autrement pouvant être présentées ont été identifées : les ZAD, le guerilla gardening, les squats et les anarchitectures. Le propos de l'exposition est de faire ressortir les liens entre ces différentes formes d'appropriation de l'espace, qui montrent, chacune à sa façon, la volonté de vivre autrement.

ZAD
Les ZAD (zones à défendre) sont des lieux occupés par des personnes contestant des grands projets d'aménagement local et, plus généralement, l’aménagement du territoire, le productivisme et le capitalisme. Loin de se contenter d’actions purement défensives, les occupants des ZAD expérimentent des modes de vie et d’organisation sociale alternatifs, fondés, entre autres, sur l’habitat participatif, la permaculture et la démocratie directe.

zadL'acronyme est un détournement de « zone d'aménagement différé » : un secteur créé par l’État sur proposition des collectivités locales à l’intérieur duquel s’applique un droit de préemption, permettant à une collectivité d’acquérir prioritairement les biens immobiliers en cours d’aliénation. Une très grande zone d'aménagement différé a été décrétée en 1974 et renouvelée deux fois sur le site du projet d'aéroport de Notre-Dame-des- Landes, devenue la première « zone à défendre » à apparaître en France. Au moins une dizaine de ZAD, fonctionnant en réseau, ont été créées dans l'Hexagone depuis l’automne 2012.

Squats
Le squat désigne l'occupation d'un lieu dans une perspective d'habitation sans l'accord du titulaire légal de ce lieu. Par extension, le squat désigne le lieu ainsi occupé. Le squat participe à la construction d'un modèle d'économie alternative. Ses habitant.e.s cherchent à expérimenter, dans un espace spécifique, des formes d'organisation sociale basées sur des valeurs d'usage pour le bien commun, plutôt que sur le droit de la propriété privée et à promouvoir des alternatives culturelles et politiques par le biais de l'autogestion.

Anarchitectures
Les anarchitectures sont des lieux de vie embellis par leurs propres habitant.e.s avec des techniques improvisées et des matériaux récupérés. Les anarchitectes bâtissent des structures et / ou donnent forme à des artefacts (assemblages, sculptures, peintures) qu’ils exposent dans leur habitat, débordant parfois jusqu’à envahir l’espace public. Les anarchitectures sont parfois dénoncées comme des constructions illégales. Elles modifient un espace de vie personnel, mais aussi l’habitat collectif. Nées à l’intérieur d’un paysage et d’une culture, elles réinventent la matière, la mémoire et l’identité d’un territoire. Ici, le créateur réactive sa carte mentale - ce tissu de critères symboliques, métaphoriques et émotifs dans lequel l’identité d’un individu se tresse à celle de son environnement. Il la rend visible, invitant l’autre à la découvrir, à la parcourir. Dans ces espaces, ont lieu une rencontre, un échange, entre l’individu et la collectivité.

metropolizExemples : Cathédrale de Jean Linard, Village d'art préludien de Chomo, la Grotte de Jean Michel Chesné à Malakoff, Gorodka à Sarlat, la maison de Giovanni Cammarata à Messine, etc..

Guerrilla gardening
Le guerrilla gardening ou guérilla jardinière est un mouvement d'activisme politique, utilisant le jardinage comme moyen d'action environnementaliste, pour défendre le droit à la terre, la réforme agraire, la permaculture. Les activistes occupent des endroits abandonnés, publics ou privés, et y mettent en place des récoltes, afin d'interpeller les pouvoirs publics sur leur utilisation. Les buts multiples de ce situationnisme écologiste sont de créer une biodiversité de proximité dans les villes, des espaces communautaires conviviaux et de bousculer les limites de la propriété privée.

Les prochaines étapes
    
Actuellement, nous récoltons la matière qui servira à l'exposition prévue à la Cathédrale de Jean Linard et Au Grès des Ouches : photographies, textes, cartes, vidéos... L'exposition à la Cathédrale de Jean Linard devrait débuter en juillet / août et rester en place durant toute la saison, jusqu'à la fermeture du site à l'automne. Des animations annexes pourront également être organisées. Le programme au tiers lieu Au Grès des Ouches reste à déterminer.

D'autres lieux pourraient prendre le relais et ainsi, la réflexion, les actions, les expériences autour de ces questions pourraient se prolonger fin 2018 et, pourquoi pas, en 2019. Nous lançons donc un appel à toutes les associations, structures culturelles, tous les collectifs, habitant.e.s intéressé.e.s par ces questions à nous rejoindre. Soit par la réflexion, soit pour organiser une exposition et / ou une animation sur ce thème.

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