L'Antidote de Ki-6-Col : un projet militant

C'est dans un bar que l'association est née, c'est dans un bar qu'elle souhaite poursuivre sa vie… Ki-6-Col projète d'ouvrir un café associatif militant à Bourges. Le nom est déjà trouvé : l'Antidote. A quoi ? L'isolement, le fatalisme, le manque de débats et d'actions…

« Le projet actuel est arrivé au bout. Il nous faut désormais un local. » Pour Marie Avril, co-fondatrice et membre du conseil associatif (1) de Ki-6-Col, il est temps d'écrire une nouvelle page. Depuis sa création il y a sept ans, Ki-6-Col est présente à Bourges pour mener ou soutenir des luttes, organiser des actions, assurer des animations. Dans la rue, à la Maison des associations ou encore chez des associations et collectifs « ami.es ». Mais jamais elle n'a eu de lieu qui lui était exclusivement dédié. « Pour être plus visible et permettre à un maximum de personnes de s'exprimer », l'association a imaginé un projet de café associatif militant, à son image.

Une association plutôt qu'un parti politique

Ki-6-Col est née en 2011, à l'initiative de quatre ami.es engagé.es politiquement, qui se réunissaient régulièrement après le marché. « On s'est dit qu'on arriverait davantage à secouer les gens avec une association qu'avec un parti politique », se souvient Marie Avril. Pourquoi Ki-6-Col ? « Parce qu'il faut s'y coller ! Tu émets des critiques depuis ton fauteuil, c'est bien, mais qui s'y colle ? »Affiche bourges sous surveillance cam ville black 2 ki6col

Au départ, l'association s'intéresse surtout à la question de la vidéosurveillance dans l'espace public. Elle crée un site Internet participatif baptisé « Bourges.sous-surveillance.net » sur lequel les habitant.es sont invité.es à répertorier les caméras. D'autres villes comme Lyon, Tours, Angers, Dijon ou encore Clermont-Ferrand ont adopté cet outil d'information et de lutte contre les dispositifs de contrôle.

De Séraucourt à Stop Bure...

« On a changé de braquet à la commémoration de la mort de Rémi Fraisse (2). Après, on s'est retrouvé dans un bar et on y a eu vent du projet d'abattage des arbres de Séraucourt », raconte Marie Avril.
En 2014, la construction d'une nouvelle Maison de la Culture fait débat à Bourges. Le projet suppose notamment l'abattage des arbres de la place Séraucourt. Un collectif de citoyen.nes, d'associations, de groupes et de collectifs baptisé « Luttes Séraucourt » s'y oppose. Ki-6-Col s'engage. Deux ans plus tard, le 12 octobre 2016, malgré les manifestations, les recours administratifs et une pétition de 14.000 signatures, les arbres sont abattus. Les pouvoirs publics ont mobilisé 150 CRS pour « sécuriser » les lieux face à une cinquantaine de militants pacifistes qui ont fini par partir, impuissants.
« Durant ces deux ans, on a rencontré beaucoup de gens. Ça a donné un véritable élan à Ki-6-Col », souligne Marie Avril.

L'association participe aussi à la création du comité local de soutien à la ZAD (Zone A Défendre) de Notre-Dame-des-Landes, pour lutter contre le projet d'aéroport et son monde capitaliste, anti-social, anti-écologique. Un convoi de camions, avec du matériel pour soutenir les opposants, a été envoyé sur zone.

Sur le site de l'association, on peut y suivre les causes soutenues par Ki-6-Col : migrants et réfugiés ; Stop Linky ; Stop Bure… Chaque mois, des projections de films suivies de débats sont organisées à la Maison des associations ; la prochaine se déroulera le jeudi 12 septembre à 19 h 45 avec « The Antifascists » de Patrik Oberg et Emil Ramos.

Un café militant pour « agiter encore plus ! »

« Nous sommes « agitateurs de conscience » et nous voulons agiter encore plus ! Faire en sorte que les gens sortent et se rencontrent. » Ainsi, le café associatif militant devrait être à la fois un lieu de convivialité, d'engagement, d'échanges et de formation.
Convivialité, avec une proposition de produits bio, locaux, équitables, à des prix abordables, ainsi que des animations (expositions, concerts, jeux, projections de films…).poster ki6col 40x60cm 01
Engagement, pour continuer à soutenir « des projets visant l'établissement d'une société démocratique, solidaire, sociale et écologique ».
Echanges, débats et formation, avec d'autres associations et collectifs, proches des valeurs de Ki-6-Col, qui souhaiteront utiliser le lieu.

Le mode de fonctionnement sera l'auto-gestion, pour permettre une participation active des usagè.res.

Un financement participatif

Pour mener à bien ce projet, l'association a lancé, en avril dernier, un financement participatif sur la plateforme HelloAsso. A ce jour, 1.925 euros y ont été collectés, soit 24 % de la somme demandée, auxquels on peut ajouter 1.500 euros collectés en interne.
« C'est bien, mais il faut continuer, encourage Marie Avril. Je m'attendais à ce qu'il y ait plus de contributeurs sur de petites sommes. Les gens nous demandent quand on va ouvrir pour proposer des animations… c'est bien, mais s'ils ne nous soutiennent pas maintenant, on ne pourra pas ouvrir ! Tout le monde peut participer. J'ai une amie qui n'a pas beaucoup de moyens mais qui a donné 5 euros (3). »
L'argent servira à avancer les premiers frais du local, notamment les loyers, en attendant que le projet s'auto-finance. Ki-6-Col ne perçoit aucune subvention. Jusqu'ici, elle fonctionnait grâce aux adhésions et aux dons.
Si le noyau dur de l'association compte une vingtaine d'adhérents militants, les soutiens sont nombreux, l'intérêt croissant, en témoignent les statistiques du site qui ont affiché, en juillet dernier, 11.000 connexions.

Les personnes intéressées par l'association et ce projet de café associatif militant pourront retrouver Marie Avril et les membres de Ki-6-Col à la Fête des associations de Bourges, le dimanche 9 septembre aux Rives d'Auron.
Le site apporte aussi de nombreuses informations, notamment sur le financement participatif : https://www.ki6col.com/cafe-associatif/

Fanny Lancelin

(1) L'association Ki-6-Col est gérée par une collégiale, baptisée ici conseil associatif. Pas de président, secrétaire, trésorier. Chaque voix de chaque membre compte. Le conseil associatif de Ki-6-Col se réunit une fois par mois et est ouvert à tous.tes les adhérent.es.
(2) Rémi Fraisse, un jeune botaniste, a été tué par une grenade offensive lancée par un gendarme mobile lors d'une manifestation contre le barrage de Sivens, le 26 octobre 2014.
(3) Pour le financement participatif, trois formules sont proposées à 5, 10 et 20 euros : https://www.ki6col.com/cafe-associatif/

 

ET AUSSI...

Un Pavé dans la Mare. L'association Un Pavé dans La Mare a été créée en novembre 2016, rue Bourbonnoux à Bourges. Pas de revendications militantes affichées ici, si ce n'est celui de l'engagement associatif et du facilitateur d'échanges. Au départ café-cantine-espace de co-working, Un Pavé dans la Mare s'est aujourd'hui re-concentré sur le bar et les animations (avec toutefois, régulièrement, une petite restauration). Au programme : des concerts, des quiz, une friperie… Le lieu peut être mis à disposition de particuliers, d'entreprises et / ou d'associations.
Renseignements au 09.87.03.18.17.