Les conteneurs recyclés, alternative à la construction

Pour des questions pratiques, écologiques et financières, le maraîcher Aurélien Chartendrault a choisi des conteneurs pour stocker son matériel et ses légumes (lire la rubrique (Ré)acteurs). Il n'a pas été les chercher à l'autre bout de la planète, mais à Châteauneuf-sur-Cher...

En 2019, plus de 11 milliards de tonnes de marchandises passaient par le fret maritime et près de 20 % étaient conteneurisées (1). Des millions de conteneurs (2) sont ainsi fabriqués chaque année en Inde et en Chine, afin de livrer ces marchandises. La voie la plus importante est celle qui va d'est en ouest, soit de l'Asie vers l'Europe et les Amériques.

Mais que deviennent ces conteneurs une fois usés ? Fabriqués en acier Corten dit aussi « intempérique », leur recyclage est compliqué : difficiles à découper, ils ne peuvent être écrasés comme des voitures à la casse, puisqu'ils sont précisémment conçus pour s'empiler sans dommages. Leur démontage aurait un coût et un bilan carbone exhorbitants. Ils se transforment donc en cité universitaire, en bureaux, en piscines…

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Depuis 2018, une entreprise installée dans le sud du Cher a fait de ce recyclage sa spécialité : Alternative Container. Le siège social – un bureau dans un conteneur, bien sûr – se trouve à Saint-Amand-Montrond et les ateliers à Châteauneuf-sur-Cher. Mais plus pour longtemps : afin de se développer, l'entreprise ne peut plus pousser les murs et s'apprête donc à déménager, sur la commune de Le Châtelet.

Un impact limité sur l'environnement et le porte-feuille

C'est un enfant du Berry, Arnaud Rochebois, qui a fondé et préside Alternative Container. Après avoir travaillé dans l'agencement de luxe notamment aux côtés de son père, il s'est inspiré des pratiques nord-américaines pour créer sa propre activité. « Des pays comme le Canada, qui ont beaucoup de fret maritime, ont quelques décennies d'avance sur nous », explique ainsi Damien Closset, chargé d'affaires.

L'entreprise berrichonne achète des lots de conteneurs à Anvers, Rotterdam ou Marseille, directement à des armateurs. La plupart sont de classe A, c'est-à-dire qu'ils ont voyagé au maximum une dizaine d'années et sont suffisamment en bon état pour être recyclés. D'autres sont « de premier voyage » et donc irréprochables . « Nous faisons faire des études à un bureau spécialisé, notamment pour tout ce qui est renfort structurel et hydrolique », précise Damien Closset.

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L'aménagement, lui, n'est pas sous-traité. Au sein de l'entreprise, de nombreux corps de métiers sont représentés : menuiserie, plomberie, électricité… Alternative Container a débuté avec quatre personnes ; il·les sont aujourd'hui 18 et pourraient bientôt être une cinquantaine. La majorité vient du département. Quant aux client·es, il·les vivent partout en France et des demandes commencent à arriver également des pays voisins. Il·les « sont soit très aisé·es soit pas du tout ». Tout dépend en effet du besoin et du porte-feuille. Mais, à l'image de porteur de projets comme Aurélien (lire la rubrique (Ré)acteurs), les conteneurs peuvent être une solution avantageuse financièrement et qui limite l'empreinte sur l'environnement.

Des transformations sur-mesure

Parmi les exemples de leurs dernières réalisations, Damien Closset cite les piscines semi-enterrées, les espaces de « workshop » sur les salons, des cabanons de chasse, des modules pour des centres de formation, des bureaux, une maison médicale… Le produit phare ? « En ce moment, les piscines, mais c'est la période qui veut ça. Le Covid oriente les dépenses des gens vers leur maison. Ils se préparent à l'idée d'être régulièrement confinés. Nos piscines sont en fait des couloirs de nage. Pendant le confinement, nous avons été contactés par d'anciens maîtres nageurs, par exemple. »

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Quels sont les projets en cours ? « Des crèches mobiles, des modules pour les Ehpad (3) et également pour le Air B'n'B. » La transformation en série n'existe pas : chaque projet s'adapte aux contraintes du terrain et des usages.
Parallèlement à son activité, l'entreprise fait donc ses cartons pour intégrer un site plus spacieux et plus adapté à son essor : celui de l'ancienne usine Doux à Le Châtelet, qui comprend 6.800 m² de surface, achetée à la Communauté de communes Berry Grand Sud. Si tout va bien, elle devrait être opérationnelle là-bas d'ici à la fin du mois.

Fanny Lancelin

(1) Etude sur les transports maritimes réalisée chaque année par la Conférence des Nations Unies sur le Commerce Et le Développement (CNUCED) : https://unctad.org/fr/PublicationsLibrary/rmt2019_fr.pdf
(2) Conteneur ou container, la langue française admet les deux.
(3) Etablissement d'Hébergement pour les Personnes Agées Dépendantes.

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