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La chronologie du mouvement

C'est la goutte d'eau qui a fait déborder un vase déjà bien plein de colères sociales : en 2018, l'annonce de l'augmentation du prix des carburants (via la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques) fait naître un mouvement de protestation inédit en France. Mais comment sont réellement né·e·s les Gilets Jaunes ? Comment le mouvement a-t-il grandi avant de se transformer ? Retour en quelques dates sur les moments les plus forts du mouvement.

2018

29 mai : Priscillia Ludosky, une habitante de Savigny-le-Temple en Seine-et-Marne, lance sur Internet une pétition intitulée « Pour une baisse des prix du carburant à la pompe ! ».

18 octobre : Jacline Mouraud, une habitante de la Bretagne, publie une vidéo sur les réseaux sociaux dans laquelle elle dénonce la hausse du prix du diesel, la multiplication du nombre de radars ou encore les projets de péages à l’entrée des grandes villes. Elle comptabilise aujourd'hui 6 millions de vues. Elle deviendra progressivement une figure du mouvement notamment dans les médias.

21 octobre : Sur les réseaux sociaux, un chauffeur routier, Eric Drouet, appelle au blocage des routes, des autoroutes et des dépôts pétroliers.

24 octobre : Ghislain Coutard, originaire de Narbonne, se filme dans son véhicule et appelle les automobilistes à déposer un gilet jaune devant leur pare-brise pour montrer leur intention de manifester le 17 novembre.

17 novembre : Partout en France, environ 300.000 personnes enfilent une « veste à haute visibilité » et s'installent sur des ronds-points et péages, créent des barrages, manifestent... C'est ce que l'on appellera plus tard l'Acte 1 du mouvement des Gilets Jaunes.

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18 novembre : Le Premier ministre Edouard Philippe déclare qu’il ne reviendra pas sur la taxe sur l’essence et le diesel.

24 novembre : Le deuxième samedi de mobilisation réunit 166.000 manifestant·e·s à travers toute la France, dont 8.000 à Paris. Il est marqué par de violents affrontements entre manifestant·e·s, et policiers et gendarmes notamment sur les Champs-Elysées.
Au total, dans tout le pays, on dénombre 130 personnes placées en garde à vue, dont 69 à Paris.

26 novembre : A l'Assemblée nationale, le député LFI (La France Insoumise) de La Réunion, Jean-Hugues Ratenon, brandit un gilet jaune en dénonçant des droits « bafoués » sur l'île et un « comportement colonial du gouvernement français ».

27 novembre : Le président Emmanuel Macron promet d’adapter la fiscalité des carburants aux fluctuations des cours pétroliers et décide de mettre en place des concertations locales sur la transition écologique.

1er décembre : Acte III du mouvement, marqué par de nouvelles violences policières. Zineb Redouane, octogénaire marseillaise, est touchée à la tête par une grenade lacrymogène, alors qu’elle se trouve à la fenêtre de son appartement. Elle décède le lendemain.

4 décembre : Le Premier ministre annonce la suspension pour six mois de la hausse de la taxe sur les carburants, la levée provisoire du durcissement du contrôle technique automobile, et le gel des tarifs du gaz et de l’électricité.

6 décembre : Quelques jours après la mobilisation des lycéen·ne·s et des étudiant·e·s contre une énième réforme de l'Education nationale, 146 lycéen·ne·s de Mantes-la-Jolie sont interpellé·e·s violemment par la police. Il·le·s sont filmé·e·s agenouillé·e·s, en silence. Leur interpellation et le commentaire du policier vidéaste - « Voilà une classe qui se tient sage » - suscitent l'émotion (1).

7 décembre : Sept membres des Gilets Jaunes (Benjamin Cauchy, David Tan, Cédric Guémy, Christophe Chalençon, Jacqueline Mouraud, Damien Molin, Cédric Delaire), sont reçu·e·s à Matignon. Il·le·s appellent à manifester pacifiquement en dehors de Paris pour ne pas être assimilé·e·s à des casseur·se·s.

8 décembre : Acte IV des Gilets Jaunes. Sur les 136.000 manifestant·e·s, 1.700 environ sont placé·e·s en garde à vue et le nombre de personnes blessées depuis le début du mouvement dépasse la barre du millier.

10 décembre : Emmanuel Macron annonce à la télévision l’augmentation de la prime d’activité pour les salarié·e·s au SMIC, la défiscalisation des heures supplémentaires et la suppression de la hausse de la CSG pour les retraité·e·s touchant moins de 2.000 euros par mois. Au total, ces mesures coûteraient 10 milliards d'euros.

15 décembre : Acte V des Gilets Jaunes. La mobilisation diminue de moitié par rapport au samedi précédent. Des divisions apparaissent au sein du mouvement. La police commence à évacuer les ronds-points.
Dans les cortèges, la revendication d'un RIC (Référendum d'Initiative Citoyenne) fait de plus en plus son apparition (2).

22 décembre : Environ 40.000 manifestant·e·s se mobilisent pour l'acte VI. Des blocages aux frontières, notamment de l'Italie, de l'Allemagne et de l'Espagne sont organisés.

29 décembre : Lors de l'acte VII du mouvement, des manifestant·e·s se retrouvent devant les locaux de BFM TV, France Télévisions et Libération pour dénoncer leur couverture de la contestation qu'il·le·s jugent malhonnête.

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2019

Les manifestations se poursuivent tous les samedis partout en France.

6 janvier : Plusieurs centaines de femmes Gilets Jaunes se rassemblent sur la place de la Bastille à Paris, au lendemain de l’acte VIII, après des manifestations marquées par de nouvelles violences. Elles veulent donner une autre image du mouvement.

15 janvier : Emmanuel Macron inaugure le « grand débat national » (3) à Grand-Bourgtheroulde dans l'Eure, devant 600 maires.

23 janvier : Le mouvement présente une liste en vue des élections européennes sous le nom de Ralliement d’Initiative Citoyenne, dont l’acronyme RIC fait référence à celui du Référendum d’Initiative Citoyenne. Ingrid Levavasseur, aide-soignante de 31 ans, est la tête de liste.

26-27 janvier : Première Assemblée Des Assemblées (ADA) à Commercy dans la Meuse, qui réunit plus de 400 Gilets Jaunes venu·e·s de toute la France. Il·le·s réfléchissent ensemble aux différentes formes que peut prendre le mouvement et à son avenir à plus long terme.

27 janvier : Contre-manifestation organisée par les « Foulards Rouges » à Paris (4). Il s'agit d'un collectif de sympathisant·e·s de La République En Marche (mais qui n'a pas obtenu son soutien officiel) composé d'opposant·e·s aux Gilets jaunes. Il·le·s souhaitent l'arrêt des blocages et des manifestations violentes.

5 février : Appel à la grève générale lancé par la CGT. Les Gilets Jaunes défilent aux côtés des syndicalistes.

6 mars : La haut-commissaire aux droits de l’Homme de l’ONU, Michelle Bachelet, appelle les autorités françaises à enquêter sur les violences policières commises pendant les manifestations des Gilets Jaunes depuis la mi-novembre 2018. Réponse cinglante de Paris par la voix du Premier ministre : « On n’a pas attendu le haut-commissaire de l’ONU pour faire toute la lumière sur l’ensemble des faits dès lors qu’il y a des plaintes ». Selon le ministère de l'Intérieur, 162 enquêtes judiciaires étaient alors ouvertes sur des « suspicions de violences policières » (5).

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13 mars : Le Parlement adopte la loi « anticasseurs » qui entre en vigueur un mois plus tard. L'objectif est de « renforcer et garantir le maintien de l'ordre public lors des manifestations » (6).

15 mars : Fin du « grand débat national ».

30 mars : Les Gilets Jaunes sont à nouveau dans la rue, malgré 27 arrêts d’interdiction de manifester dans plusieurs villes.

5, 6 et 7 avril : Deuxième Assemblée Des Assemblées à Saint-Nazaire.

1er mai : Gilets Jaunes et syndicats défilent dans toute la France. Il·le·s sont entre 165.000 et 310.000 selon les sources !

26 mai : Des Gilets jaunes se présentent aux Elections européennes. Leurs listes obtiennent moins de 1 %.

16 juin : Christophe Castaner, ministre de l'Intérieur, récompense des policiers et gendarmes pourtant visés par des enquêtes pour violences policières à l’encontre de Gilets Jaunes (7).

28, 29, 30 juin : Troisième Assemblée Des Assemblées à Montceau-les-Mines.

21 septembre : Des Gilets Jaunes se joignent à la « marche pour le climat et la justice sociale » parisienne.

1er, 2, 3 novembre : Quatrième Assemblée Des Assemblées à Montpellier.

2020

Mars : Pour les élections municipales, le ministère de l'Intérieur crée une nuance « Liste Gilets Jaunes » (LGJ) pour les communes de plus 3.500 habitant·e·s. Huit listes sont catégorisées ainsi et des Gilets Jaunes se présentent aussi individuellement sur d'autres listes, par exemple de La France Insoumise (LFI), du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), du Rassemblement National (RN) ou encore de Debout la France.
A Bordeaux, Antoine Boudinet, Gilet Jaune qui a eu la main arrachée par une grenade lacrymogène en décembre 2018, fait son entrée au conseil municipal aux côtés du militant NPA Philippe Poutou.

6, 7 et 8 mars : Cinquième Assemblée Des Assemblées à Toulouse.

25, 26 et 27 juin : Sixième Assemblée Des Assemblées en Ile-de-France.

12 septembre : Quarante groupes de Gilets Jaunes se coordonnent pour un événement national. Entre 8.500 et 20.000 manifestant·e·s sont dénombré·e·s selon les sources.

Peu de ronds-points restent encore occupés de manière permanente en France et les manifestations systématiques du samedi ont disparu.

Le mouvement s'est transformé (lire la rubrique (Ré)acteur·ice·s). Ainsi, désormais, en fonction de l'actualité, les Gilets Jaunes participent à différentes mobilisations. On les a vu·e·s, par exemple, aux côtés des militant·e·s écologistes du collectif « Extinction Rebellion » durant une action contre la surconsommation dans un grand centre commercial en région parisienne ; auprès des sapeurs-pompiers pour une revalorisation de leur salaire et le maintien de leur retraite ; avec les Réunionnais·e·s pour réclamer des mesures contre le chômage ; avec les paysan·ne·s qui luttent contre l'accaparement des terres agricoles ; ou encore avec les citoyen·ne·s qui manifestent contre le pass sanitaire…

(1) https://www.revolutionpermanente.fr/Voila-une-classe-qui-se-tient-sage-la-video-revoltante-des-146-lyceens-interpelles-a-Mantes-la?fb_comment_id=2298743046825123_2298811393484955
(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9f%C3%A9rendum_d%27initiative_citoyenne
(3) https://granddebat.fr/
(4) https://www.lesechos.fr/politique-societe/politique/foulards-rouges-contre-gilets-jaunes-la-france-coupee-en-deux-959912
(5) https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/03/06/l-onu-demande-a-la-france-une-enquete-sur-l-usage-excessif-de-la-force-pendant-les-manifestations-de-gilets-jaunes_5432222_3224.html
(6) https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000038358582/
(7) https://www.mediapart.fr/journal/france/170719/la-promotion-gilets-jaunes-de-christophe-castaner-les-medailles-de-la-honte

 

L'opinion des Français·e·s

  • Durant le mouvement, l'institut Odoxa-Dentsu Consulting a réalisé régulièrement des sondages auprès des Français·e·s afin de connaître leur opinion sur les Gilets Jaunes. Celle-ci a évolué dans le temps.
    Ainsi, le 22 novembre 2018, deux tiers (66 %) jugeaient que le mouvement des Gilets Jaunes devait se poursuivre. Près de 8 Français sur 10 (77 %) l'estimaient justifié.
    Le 6 décembre, huit Français sur dix considèraient le mouvement « solidaire », « courageux » et « luttant pour l'intérêt général ». Néanmoins, 59 % d'entre eux le trouvaient aussi inquiétant, et 47 % « violent ».
    Le 20 décembre, près de 8 Français sur 10 (78 %) plébiscitaient le Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC) revendiqué par les Gilets Jaunes.
    Le 28 décembre, 84 % jugeaient toujours le mouvement justifié.
    En novembre 2019, soit près d'un an plus tard, leur opinion n'avait globalement pas changé : 7 Français·e·s sur 10 estimaient que le mouvement était justifié et 6 Français·e·s sur 10 pensaient même qu'il leur avait été bénéfique. 71 % pensaient ainsi que le mouvement avait servi les plus modestes, et 60 % qu'il avait été positif pour le débat et la démocratie en France… même s'il·le·s estimaient aussi qu'il avait été négatif pour l'économie et l'image du pays à l'étranger. Les deux tiers des personnes interrogées alors pensaient qu'Emmanuel Macron n'avait pas assez tenu compte des revendications des Gilets Jaunes.
    Six Français·e·s sur 10 ne souhaitaient pas que le mouvement continue et / ou reprenne.
    En septembre 2020, un sondage de l'Ifop réalisé pour le journal Le Parisien, montrait que 51 % des Français·e·s interrogé·e·s se sentaient encore Gilets Jaunes ou les soutenaient.
    Enfin, selon une enquête Ipsos-Sopra Steria pour France Inter publiée le 17 novembre dernier, date anniversaire des trois ans du mouvement, 82 % des sondé·e·s pensent qu'aujourd'hui encore un tel mouvement pourrait ré-émerger, le pouvoir d'achat restant l'un des enjeux prioritaires des prochaines années.